Comptages SNCB et autres préoccupations

boulierVoici le texte de l’interpellation que j’ai adressée au Collège lors du Conseil communal de ce lundi 8 septembre 2014.

Pour une stratégie communale de défense de notre réseau ferroviaire face aux nouvelles menaces de compression du service public

Monsieur le bourgmestre,

Vous n’ignorez pas ma préoccupation à ce propos : je suis convaincu que nous manquons, dans différents domaines, de données statistiques nécessaires non seulement à la bonne gestion des affaires publiques mais aussi à la défense du fait urbain, dont la réalité, à Liège, est souvent noyée dans des ensembles plus large faute de disposer d’une entité institutionnelle correspondant à la réalité humaine et géographique de notre agglomération. Contrairement à, par exemple, la Région de Bruxelles-Capitale, qui s’est progressivement dotée des moyens de défendre efficacement sa singularité (c’est par exemple évident au niveau scolaire, et je m’en réjouis pour les élèves bruxellois), Liège est notoirement à la peine, y compris au niveau de la Région wallonne.

C’est la raison pour laquelle je défends la mise en place, au sein de notre administration — ou demain au sein de celle de notre future Communauté urbaine —, d’un bureau des statistiques, chargé d’obtenir, de compiler, d’analyser et de publier les données disponibles, mais aussi d’organiser la collecte et le traitement de certaines données jugées stratégiques pour Liège et sa région.

Cette situation d’aveuglement statistique me semble particulièrement criante — et j’ajouterais : dangereuse — en matière de mobilité. Ceci est d’autant plus vrai que les rares données disponibles dans ce domaine (je pense notamment aux comptages réalisés par la SRWT, par la SNCB, ou par des instituts indépendants) sont généralement tenues hors d’accès du public et même parfois de notre propre administration communale ; pour des raisons que devrait réprouver tout défenseur de l’intérêt public.

Disposer de données précises et régulièrement actualisées serait pourtant particulièrement utile pour orienter avec sagacité la politique de mobilité. Non pas que la photographie d’une situation donnée doive prendre une dimension prescriptive sans autre forme d’intelligence : ces données devraient aussi permettre, lorsqu’on se rend compte que certains outils sont sous-utilisés, de comprendre pourquoi il en est ainsi et de prendre des mesures pour y remédier. Quand on voit l’état de certaines de nos gares, il n’y aurait pas à s’étonner, en effet, que le nombre de leurs usagers soit beaucoup plus faible qu’on pourrait l’espérer. Mais il n’y a là aucune fatalité et nous devons tout faire pour transformer les gares en des espaces agréables et sûrs, d’accès aisé, polyvalents, où l’on trouve divers services, et simplement déjà une information claire et en temps réel, de quoi s’abriter ou stationner un vélo en sécurité.

Disposer de tels chiffres est aussi indispensable pour pouvoir dialoguer de façon utile avec d’autres niveaux de pouvoirs et avec des opérateurs de transport, qui sont souvent à la fois les contrôleurs et les contrôlés ; les organisateurs des comptages et ceux qui doivent en assumer les (éventuelles) conséquences ou peuvent les utiliser pour justifier leurs choix politiques et stratégiques. Cette situation devrait au minimum nous inciter à la prudence quant à la fiabilité de certains chiffres, particulièrement lorsqu’il s’agit de justifier, d’une façon parfois très étonnante, la fermeture d’un service, d’une gare, d’une ligne.

Or, on le sait, les dirigeants du chemin de fer belge — et très vraisemblablement le nouveau gouvernement fédéral avec eux — s’apprêtent à lancer une nouvelle vague de compression du service public, qui se traduira probablement par de nouvelles réductions de la fréquence et/ou de l’amplitude horaire de certaines liaisons ferroviaires, principalement en Wallonie, et pourrait aller jusqu’à une volonté de fermer certaines gares voire certaines lignes de chemin de fer, au nom de l’idée de rentabilité qui doit, selon ces hauts responsables, s’appliquer au chemin de fer comme à n’importe quelle unité de production de petits pois.

Quiconque veut bien adopter une approche plus générale — holistique, pourrait-on dire — et considérer les multiples intérêts qu’il y a à maintenir un service ferroviaire efficace, performant, maillant l’ensemble du territoire de manière suffisante, pourra voir qu’il y a sens, pour la puissance publique à financer le déficit d’exploitation d’un réseau public, au nom du droit à la mobilité de tous ses citoyens, au nom de la vitalité économique de l’ensemble du territoire, au nom du respect des engagements de la Belgique en matière climatique, au nom de la cohérence de l’aménagement du territoire, au nom de la santé publique qui souffre tant des polluants atmosphériques dégagés par les moteurs à explosion et de tant d’autres raisons. On peut malheureusement craindre que ce raisonnement — qui est bien loin de trouver une traduction dans les concepts en usage de la comptabilité nationale — ne soit que très modérément partagé par les personnes qui sont aujourd’hui en position de responsabilité.

En sorte qu’il nous appartient, si nous ne voulons pas restant les bras ballants face à une nouvelle déferlante néo-libérale, d’organiser la défense de nos services publics face à ces logiques de destruction.

Dans cette optique, j’aimerais suggérer que la Ville de Liège prenne deux types de mesures :

  • Dans le court terme, je suggère de faire réaliser — par le personnel communal ou par un sous- traitant — un comptage du nombre d’usagers du transport en commun, sur une semaine hors congés scolaires, dans les toutes les gares actuellement en service situées sur le territoire communal (Angleur, Bressoux, Chênée, Guillemins, Jonfosse, Palais et Sclessin) et éventuellement sur les principaux axes de bus. À moyen terme, d’envisager l’installation d’un matériel numérique permettant de réaliser de façon automatique et permanente de tels comptages sans avoir à mobiliser des dizaines d’agents. Ces données, en plus de leur utilité propre, pourraient alimenter une plate-forme d’Open Data.
  • Mais surtout, si nous voulons pouvoir contester avec force la fermeture des gares ou de lignes de chemin de fer — fermeture qui serait tellement préjudiciable à notre ville et à ses habitants —, nous devons contribuer, à l’échelle des compétences qui sont celles de la Ville, à faciliter l’usage du train par nos concitoyens, tant le manque de fréquentation de certaines gares est souvent la conséquence d’une dégradation du service comme des espaces bien plus que de l’absence d’un besoin. Une stratégie intégrée entre tous les services communaux, réunissant des mesures de court comme de long terme, me semble nécessaire en ce sens, que ce soit pour favoriser l’usage du train par les groupes scolaires, pour sécuriser les accès et les environs des gares, pour prévoir des cheminements et des stationnements aisés pour les vélos, pour localiser des services — publics ou privés — à proximité des gares, pour densifier le bâti à proximité des pôles de transport en commun, etc.

Je vous remercie, Monsieur le bourgmestre, pour la réponse que vous voudrez bien m’adresser.

François Schreuer Conseiller communal

Publié par

François Schreuer

Conseiller communal (VEGA) de la Ville de Liège.

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