«Le lecteur wallon n’est pas un sous-lecteur du Soir»

Lettre ouverte à M. Christophe BERTI, Rédacteur en chef du journal Le Soir, copie à M. Bernard MARCHANT, Administrateur délégué du groupe ROSSEL.

Liège, le 8 avril 2016

Monsieur le Rédacteur en chef,

Il y quelques jours, les abonnés au journal «Le Soir» ont eu la désagréable surprise de découvrir que les éditions régionales de leur journal avaient été fusionnées en seulement deux éditions: Bruxelles/ Brabant wallon d’une part, le reste de la Wallonie d’autre part.

Cette évolution marque un nouveau recul dans la place que votre journal consacre à l’information régionale, après la réduction, il y a quelques années, du nombre de pages «Régions» (de trois à seulement une), et la mise en place des «synergies» qui ont conduit à ce que nous lisions les mêmes articles dans «La Meuse» et dans «Le Soir». C’était ignorer une vérité liégeoise: à Liège, on lit La Meuse… et un journal. Ce mouvement s’est évidemment accompagné d’une réduction significative du nombre de journalistes salariés en régions. «Le Soir» fait donc le choix de se recentrer sur la grande région bruxelloise, où se trouve l’essentiel de son lectorat. Ce manque d’intérêt pour la Wallonie n’est pas digne d’un titre qui se veut quotidien de référence en Belgique francophone. Il signifie aussi un appauvrissement du débat démocratique dont nous avons pourtant tant besoin.

Nous nous interrogeons sur la suite du processus de rentabilisation: sera-ce la disparition complète des rédactions et des pages régionales du journal? Nous comprenons que le contexte économique que vit la presse est difficile. Nous voudrions cependant attirer votre attention sur le fait que votre recentrage bruxellois va non seulement vous coûter des lecteurs wallons, mais témoigne aussi d’une vision politique réductrice: vous n’avez porté d’attention à l’identité wallonne que quand celle-ci pouvait vous attirer quelques profits, jamais par conviction. Une nouvelle perte de lectorat consécutive à votre présente décision va vous en démontrer l’existence…

Nous voudrions, au moins pour sauver la face, vous suggérer, dans cette logique économique, de maintenir des journalistes dans les Régions mais de supprimer les deux éditions prévues: faites une édition unique et démontrez que votre considération pour la Wallonie est identique à celle que vous portez à Bruxelles. Refaites un journal de référence dans lequel les articles traitant de Liège, de Namur et du Luxembourg ont la même importance que tous les autres. Démontrez aux lecteurs que les Régions ont toute leur place dans un «Quality Paper».
Nous sommes convaincus que ce pari-là serait un pari gagnant aussi, sur le plan commercial.

Nous vous prions de croire en nos meilleures salutations.

Hassan Bousetta, Louis Maraite, François Schreuer
Conseillers communaux de la Ville de Liège

Publié par

François Schreuer

Conseiller communal (VEGA) de la Ville de Liège.

Une réflexion au sujet de « «Le lecteur wallon n’est pas un sous-lecteur du Soir» »

  1. Je souscrit bien évidemment à la lettre ouverte de MM. Schreuer et co-signataires.
    Le constat est d’autant plus navrant qu’il montre et démontre que la presse belge, en général, s’enfonce dans le nombrilisme et l’étroitesse de vue.
    Comment s’imaginer que la vie régionale belge soit réduite à sa plus simple expression alors que notre monde est de plus en plus globalisé et interdépendant ?
    Ce manque d’ampleur de vue devient malheureusement une tare dans un si petit pays.
    A titre personnel, je crains que cet état d’esprit soit le lot de bien de décideurs de notre si petit pays.
    Les scientifiques nous disent que le battement d’aile d’un papillon peut provoquer un ouragan de l’autre côté de la Terre. Espérons tout de même que le papillon belge n’oublie pas qu’il a quatre ailes…

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